La voix était proche. Très proche. Beaucoup trop proche. Et beaucoup trop masculine à mon goût. Je me suis tournée lentement. Et mon souffle s'est coupé en voyant un visage à 5cm de moi. Je crie ou pas ?
À la place, je reculais vivement et mes pieds s'emmêlèrent, me faisant perdre l'équilibre. Me rattrapant de justesse, je réussis à me remettre à peu près d'aplomb et détaillai mon assaillant. D'allure plutôt jeune, il avait des traits asiatiques très marqués : des cheveux noirs geai en pétard, des yeux sombres et une peau tirant vers le jaune. Il était vêtu d'une de ces vestes rappelant la figurine Michelin et d'un pantalon large. Ses yeux fixaient la carte sans ciller et sa bouche était toujours ouverte d'étonnement. Puis il y eut un clignement et il sembla redescendre sur Terre et se souvenir de mon existence. Il se retourna la bouche toujours ouverte et les yeux rempli d'inquiétude devant ma posture.
- Ah ! Sumimasen !
- Iie.
Il avait eut le réflexe de s'excuser en japonais. Il avait été surpris que j'y réponde. Et il n'était pas le seul. Je ne pensais pas que d'entendre du japonais me conditionnerai à y répondre dans cette même langue ! On se regarda un moment, interloqués. Il fut le premier à se remettre et m'adressa un sourire de ceux qui vous donnent envie de tirer sur les jolies joues.
- Nihon wa... commença-t-il.
- Stop ! Je ne parle pas japonais ! Désolée !
Je m'inclinai pour appuyer ma déclaration. Il dut la comprendre car il acquiesça. Toujours souriant, il sortit de sa poche de veste un portable digne de tout japonais (= customisé à mort) et composa un numéro.
- Moshimoshi ? E, Masu desu. Ano ne...
La suite de la conversation fut pour moi comme un flot trop rapide et ininterrompu de sons qui semblaient glisser dans mes oreilles sans que je ne puisse y attribuer un sens. Enfin, le garçon satisfait raccrocha retourna à son observation, son sourire semblant avoir été sculpté dans une pierre angélique.
J'étais comme une idiote à le regarder la bouche ouverte en me demandant si je devais ou pas lui dire quelque chose et quoi (juste histoire de faire résonner cette langue une nouvelle fois) quand je reçus les premières gouttes. La première s'écrasa sur mon nez sans que j'y prête attention. La deuxième s'écoula dans mes cheveux sans que la sente. Quand la troisième laissa une trace outremer sur la veste du japonais, je me rendis compte de la situation et levai les yeux. Le ciel s'était couvert à une vitesse que j'aurai jurée impossible et une méchante averse semblait imminente. L'étranger suivit mon regard et comprit la situation en même temps que moi.
- Uso ! s'exclama-t-il.
J'allais le dire ! Aucune des filles n'était en vue. D'ailleurs la rue était vide et il me semblait que la foule avait déserté l'allée principale. Mon voisin semblait hésiter lui aussi. Évidemment, aucun de nous deux n'avait de capuche ou de parapluie seulement, rentrer à l'intérieur du magasin passait en dernière position dans l'ordre de mes priorités. Et si elles passaient sans me voir Et i elles s'arrêtaient au début de la rue et ne voyant personne rentraient chez elles ? Rah mince, c'était a première fois que j'avais la chance de pouvoir les rencontrer, pourquoi fallait-il que ça tourne comme ça ?
Rapidement, les fines gouttes de départ se transformèrent en flaques sous nos pieds et sur nos vêtements et mes cheveux se mirent à dégouliner sur mes épaules. Le maigre rebord du toit ne nous offrait pas une grande couverture et un rhume pointait le bout de son nez rouge dégoulinant.
J'entendis la porte s'ouvrir derrière moi et la chaleur de mon voisin disparut pour laisser place au froid de l'eau de pluie. Je reniflais (ouaip, pas de mouchoirs dans mon sac trempé) et frissonnai. Je ne rentrerai pas !
Je scrutai la rue, en quête d'une ombre, d'une silhouette, d'un signe quelconque indiquant la venue de quelqu'un mais mon regard ne trouvait que le gris de la rue froide. La pluie ne faisait que redoubler en violence et mes sens furent rapidement assaillis par le martèlement des gouttes sur le béton, de l'odeur de l'humidité... et de la chaleur qui m'agrippa le poignet. Une violente secousse me décrocha du mur et me fit passer dans un monde de chaleur.
- Lâ...lâche-moi !
Le garçon avait perdu son sourire mais ne semblait pas vouloir accéder à ma demande. Un frisson frigorifié me parcouru, preuve que l'eau avait passée le stade de mon manteau. Les chaleurs ajoutées de la main du japonais et du magasin étaient en train de saper mes résolutions.
- Ha... Hanase !
La version japonaise n'eut pas plus de succès que la première et le garçon me regardait avec un sérieux qui ne lui semblait pas naturel.
- Excusez-moi, s'avança un vendeur, je peux vous aider ?
- Dites-lui de me lâcher, s'il-vous-plait, me plaignais-je en me raccrochant vers cette aide providentielle.
Le vendeur apparemment de la même origine que mon geôlier se tourna vers ce dernier. Contrairement à ce que j'espérai, il resta interdit et je m'attendais presque à voir sa bouche s'ouvrir. Le jeune japonais lança un regard dissuasif au vendeur et je m'aperçus à cette occasion qu'il était en fait bien plus grand que ce que je ne m'imaginais. Enfin... disons qu'il devait avoir 10 bons centimètres de plus que moi... Un japonais ayant connu une rapide croissance ? Toujours est-il que je n'étais pas plus libre qu'avant la venue du vendeur et vu que celui-ci ne semblait pas disposé à m'aider, je préférais laisser tomber.
- Je reste. Lâche-moi, s'il-te-plait.
Le japonais se tourna à nouveau vers moi et son sourire revint. Il desserra son étreinte et je ramenai vivement mon bras contre moi. Je n'avais pas le souvenir que quelqu'un de mon entourage m'est un jour tenu ainsi...
Regardant la porte, je vis que de toute manière, sortir à nouveau reviendrai pour Naruto à confier son porte-monnaie à Jiraya, autant dire suicidaire. Bien... Il me faudrait donc tenter ma chance à l'intérieur...
Mon regard se promena sur la vitrine en même temps que mon voisin quand on eut tous les deux un déclic et qu'on se tourna vers le vendeur en même temps.
- À propos de la Carte de Sakura...
- Sakura cardo no koto...
On s'interrompit en même temps et nos regards se croisèrent. Son sourire était tellement beau qu'il m'intimida plus qu'autre chose. Le vendeur nous regarda tour à tour sans savoir à qui s'adresser en premier. La galanterie l'emporta et c'est vers moi que ses premiers fusèrent.
- La carte de la vitrine ? Elle est en édition très limitée et nous n'avons que celle-là...
Il répéta sa phrase pour son interlocuteur japonais, l'air encore plus gêné. Il ne pouvait pas me laisser celle-La et en chercher une autre au Japon ? Non, il semblait aussi indécis que moi. Bon, mal barré tout ça. En soupirant, on sépara et on se dirigea vers les vitrines de l'intérieur du magasin. Chacune était une mine d'objet précieux pour tout collectionneur mais tout me ramenait à l'Objet de mes désirs. Relevant la tête, je vis le japonais convoitant la même chose en soupirant, une main posée sur la vitre dont il se désintéressait.
Nos efforts pour L'oublier furent vains et on finit par arriver au milieu du magasin où était ragées des pancartes de posters. On posa la main sur la première planche en même temps. Je retirais prestement la mienne malgré le sourire radieux du jeune homme. Il haussait les épaules et on regarda les deux premières images. Elles étaient tirées de la série la plus connue après Dragon Ball.
- Naruto, soufflais-je à voix basse.
Le garçon acquiesça sans se départir de son sourire et tourna la planche. Derrière, quatre nouvelles planches de la même série.
- Kakashi, Naruto, Sasuke, Sakura, Gondaime.
Facile. Les personnages principaux des premiers tomes. N'empêche que d'entendre les noms prononcés par un japonais... Ce dernier tourna une nouvelle fois et cette fois, son bras frôla le mien. J'eus du mal à m'empêcher de faire un bond sur le côté et de me mettre en position de combat, la réputation de la France était en jeu !
Une nouvelle série ! Toute aussi peu médiatisée que la précédente...
- Bleach, articulais-je, Ichigi, Rukia, Orihime, Renji, Kenpachi, Ishida, Chad.
J'espérai qu'il ne se moque pas de mon accent. Lui jetant un coup d'½il, je rencontrai son regard brillant et son visage me réchauffa d'un coup. Je me retournai rapidement pour éviter qu'il voie la gène qui m'envahissait. À cette occasion, mon regard tomba sur quelque chose. Avec effroi, je compris qu'il l'avait aussi vu. Non... J'avais pensé à tous les personnage mais pas à... ça ! Foutu ours en peluche !
- Kon...
Le garçon se pointa du doigt en souriant.
-Sakura no cardo.
Hein ? Hey ! Depuis quand ? Je ne l'avais pas pariée moi !
- Iie, répondis-je avec le peu de voix que j'avais, sore wa muri desu.
D'une main tremblante, je m'emparais de la pancarte et la fit tourner. Il récita les personnages suivant sans erreur et je lui rendis la pareille pendant 5 manches avant qu'il ne fasse sa première erreur. Confondre les jumeaux d'Host Club. HA !
Un duel enragé s'engagea en je retrouvai peu à peu de la voix, oubliant ce que j'attendais à l'origine. Le jeu se prolongea et nous nous amusions bien malgré l'absence de paroles à proprement parlé. Ses mimiques et son sourire d'ange me détendaient et me mettaient à l'aise malgré moi.
Quelques dizaines de minutes plus tard, une voix nous sortit de notre concentration alors que je bloquai sur un des personnages d'Air Gear.
- Masu !